Le Premier Jour du Reste de Ma Vie ou Merci Papa

Aujourd’hui est un jour d’ouverture, de positivisme.

C’est une journée sportive, mon père et son amie m’ayant invité à les rejoindre pendant leurs vacances dans les Pyrénées.

- J’espère que le temps va rester comme ça toute la journée ! 

- Ils ont prévu de la pluie à partir de 14h... 

Nous avons choisi un itinéraire bien spécifique : 2h30 de marche au total, pour le premier jour. 

- De toutes façons on verra bien, on prend nos K-way et on y va. 

- Tu as raison, soyons optimistes.   

L’ascension débute sous un chaleureux ciel d’été, piqué d’une petite brise fraiche. Un temps idéal à ce qu’on me dit.   

Cette même ascension porte donc bien son nom. Ca monte. Beaucoup. Je suis à bout de souffle au bout de quelques minutes seulement. J’en fais part à mes guides.   

- Ah tu n’as plus envie de fumer là hein !

Non, en effet, je regrette, si ce n’est toutes celles que j’ai fumées dans ma vie, au moins celles de ce matin.   

Nous passons à travers une forêt de pins, le sol est encore humide de la pluie tombée dans la nuit. Mon odorat parvient, malgré l’essoufflement, à distinguer la subtilité de toutes les odeurs qui nous entourent. Mes baskets qui m’ont accompagnée à travers l’Asie ne sont plus à une trace de boue près.   

- Je vais t’acheter des vraies chaussures de marche. Ça va tout changer tu verras.   

Quand il s’agit de me faire faire plus de sport, mon père est toujours prêt à mettre les moyens. Son cheval de bataille a toujours été de nous mettre au sport mes sœurs et moi.  

Je me rappelle alors de baskets en daim noir avec une bulle d’air vert fluo « spécial basket » qu’il m’a acheté aux alentours de mes 13 ans, alors que je venais de m’inscrire dans un club. Je les ai portées à 3 entrainements. Les premiers et derniers entrainements de ma vie. Elles ont cependant décoré ma chambre d’adolescente pendant un moment. 

Dans le cas présent, je doute du pouvoir que de vraies chaussures de marche pourraient avoir sur ma capacité pulmonaire.   

- Non Papa ce n’est pas la peine, je ne les porterai jamais. Je sais qu’il se remémore l’épisode des baskets au design ultra hype. 

Au bout d’une heure d’ascension, nous faisons une pause pour évaluer la possibilité de se faire rattraper par les nuages.  

- La montagne, c’est comme la mer, il faut savoir prendre de sages décisions et laisser la témérité de côté.   

À la lumière de ces paroles sages de mon père, nous rebroussons donc chemin. 

Les nuages s’infiltrent dans la vallée et engloutissent notre sentier. 

L’air est humide nous avons froid.

Arrivés à la voiture, je sens mes poumons, mes cuisses, mes mollets et mêmes mes bras me dire merci.   

C’est donc une nouvelle femme qui écrit ses lignes. 

Signé Margaux, sportive acquise.

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